Robert Carsen

C’est très excitant de travailler sur un immense succès populaire…



Candide ⒸMarie-Noëlle Robert / Théâtre du Châtelet

Morceaux choisis d’entretiens avec le metteur en scène Robert Carsen, collaborateur régulier du théâtre où il a mis en scène trois spectacle depuis dix ans. Candide de Bernstein en 2007 (parti ensuite en tournée au Japon) puis My Fair Lady de Lerner & Loewe (en 2010 et repris en 2013, tournée au Mariinski de Saint Pétersbourg et à Chicago). Enfin plus récemment (mars 2015 et hiver 2015-2016) Singin’ in the Rain. Ce spectacle est à nouveau monté, hors-les-murs, au Grand Palais du 28 novembre 2017 au 11 janvier 2018.

Si ma mémoire est bonne, {Jean-Luc Choplin m’a proposé Singin’ in the Rain} durant l’été 2013, un an et demi {avant la création en mars 2015}. Je n’ai pas cherché à réfléchir, à revoir le film, j’ai accepté spontanément. D’abord à cause du film lui-même, du pari de l’adapter sur scène mais aussi à cause de mon amitié avec Jean-Luc Choplin et le Théâtre du Châtelet. Avant que Jean-Luc entame ce travail d’installation de la comédie musicale à Paris, le genre était regardé avec condescendance, voire mépris. Grâce aux ouvrages qu’il a produits et programmés, ceux de Bernstein et Sondheim notamment, il a vraiment créé une place, une reconnaissance, un nouveau regard. Il y a clairement un avant et un après. Donc, comment lui refuser Singin’ in the Rain ? D’autant que nos deux premières collaborations, Candide et My Fair Lady, se sont déroulées idéalement. Enfin, à la fois comme spectateur et metteur en scène, j’adore la comédie musicale. {…}

Il ne s’agit pas de faire un remake de Singin’ in the Rain sur scène : c’est strictement impossible. C’était aussi notre démarche sur My Fair Lady. My Fair Lady, dont on a dit que c’était la comédie musicale parfaite, n’a pas besoin d’un metteur en scène qui va tout changer. {Pour Candide} j’ai tout de suite compris qu’il fallait réécrire le dialogue, réorganiser l’ensemble. J’ai bougé des chansons, créé de nouveaux underscores et même un nouveau numéro à partir d’autres éléments de la pièce, pour souligner la folie de l’ouvrage, l’esprit de Voltaire, l’anarchisme qui est le sien, sa malice – qui n’est jamais acide ou aigre – et le sourire qu’il porte sur la société et l’être humain… Il critique, sans jamais condamner. J’ai soumis ma proposition au Bernstein Trust, qui, tout de suite, a été très enthousiaste, et m’y a autorisé ! {…} Mon rôle est de mettre en place une vision cohérente et convaincante en abordant les difficultés scéniques, les nombreux changements de décors, le passage fréquent d’un univers à l’autre, du langage parlé au texte chanté, du monde ouvrier à la haute société et ce parfois de façon très rapide. Certaines scènes durent cinq minutes d’autres plus de quinze, il faut trouver le rythme juste, rendre les passages fluides et restituer la magie des grands numéros, des scènes légendaires… {…}

Au théâtre, le point de vue du spectateur ne change jamais. C’est là où l’on essaie de faire intervenir l’art de la mise en scène et les lumières, pour parvenir à créer l’illusion des gros plans, des zooms, des travellings. Paradoxalement, je pense beaucoup et souvent au langage cinématographique quand je fais une mise en scène scénique. {…}


Singin’ in the Rain ⒸMarie-Noëlle Robert / Théâtre du Châtelet

Le pari est excitant : au cinéma, le spectacle est identique tous les soirs. Au théâtre, à chaque représentation, les artistes prennent part à une œuvre unique, dans laquelle le public a sa part de responsabilité. J’ai conscience que les spectateurs vont venir à Singin’ in the Rain à cause du souvenir du film, de son empreinte dans la mémoire collective. Mais dès les premières minutes, ils seront partie prenante d’un spectacle qui sera une nouvelle création. Singin’ in the Rain le film, c’est une entité. Singin’ in the Rain au Châtelet, c’est une autre entité, un regard théâtral sur un chef d’œuvre cinématographique. {…}

Ma chance, c’est d’avoir transformé ma passion en métier. Mon but, c’est d’essayer à chaque aventure d’explorer de nouveaux territoires en essayant d’être aussi juste que possible avec la matière dramatique à traiter. {…}

Le décorateur et le costumier, ces deux collaborateurs de création, forment votre garde rapprochée. Et participent au sentiment de cohésion visuelle, l’une des caractéristiques de vos mises en scène… A vrai dire, j’essaie de faire en sorte que personne ne travaille dans son coin, que l’on réfléchisse ensemble au rapport entre les costumes et les décors, aux valeurs de couleurs, à la lumière aussi, que je conçois moi-même depuis quinze ans. On dit souvent : au théâtre comme au cinéma, il faut avoir du talent à plusieurs. {…} Il faut des comédiens de grande qualité pour aborder aussi bien les parties parlées et chantées, pour incarner des personnages plus complexes qu’il n’y paraît. {…} Il faut toujours essayer de travailler avec les collaborateurs les plus doués, chacun dans leur discipline ! {…} Chaque spectacle que j’ai l’honneur de monter – car c’est un honneur – me remplit de joie. Rien n’est jamais acquis, et on fait tout ça pour le public. C’est très important…

Source : entretiens réalisés par Stéphane Lerouge (Singin’ in the Rain), Geneviève Joublin (My Fair Lady) et présentation par Robert Carsen pour Candide. Ces textes sont issus des dossiers de presse.


My Fair Lady ⒸMarie-Noëlle Robert / Théâtre du Châtelet

Retrouvez en vidéo les interviews réalisées pour Singin’in the Rain et My Fair Lady.