A Flowering Tree

Conférence de Renaud Machart le 30 avril 2014 à 13h au Foyer (entrée libre).

A Flowering Tree, auquel John Adams travaille de décembre 2005 à septembre 2006, est une commande du Festival « New Crowned Hope » (dont Peter Sellars est le directeur artistique), organisé à Vienne à l’occasion du 250e anniversaire de la naissance de Wolfgang Amadeus Mozart. {…} “Le Mozart de La Flûte enchantée est le guide spirituel de cet opéra dont le thème est la magie de la transformation, à la fois physique et spirituelle (1).”
{…}
La relative abstraction et l’universalité du conte de la tradition orale indienne dont Sellars et Adams s’inspirent permettent de gagner de nouveaux territoires dramatiques. {…} On trouvera notamment dans l’écriture chorale de A Flowering Tree des traits communs avec certaines pièces en solmisation (2) écrites par les compositeurs au service des colonies jésuites en Amérique du Sud (3).
On y perçoit aussi deux autres sources référentielles connexes : la touffeur de la forêt amazonienne évoquée par les polyphonies « barbares » de Heitor Villa-Lobos dans ses deux pièces chorales écrites à Paris, Les Chôros {…} et les sons animaliers de Maurice Ravel dans son opéra L’Enfant et les sortilèges (1919-1925). Le tout signalé par des traits d’écriture expérimentés par les deux augustes confrères d’Adams : polyphonies rythmiques, interjections et onomatopées.
L’orchestre utilisé dans A Flowering Tree fait la part belle à de très nombreuses percussions et à des instruments aux sons scintillants (célesta, carillon, harpe, glockenspiel – l’instrument de La Flûte enchantée !), lesquels nimbent l’orchestre d’une aura tintinnabulante et exogène.
{…}
L’écriture vocale de A Flowering Tree est d’ailleurs assez accidentée : grands sauts et intervalles, renversements disjoints d’intervalles conjoints (la figure d’une seconde majeure est souvent déployée en un intervalle de neuvième). Mais très souvent, ces figures mélodiques capricantes sont en fait la résultante d’une gamme modale dont Adams ne s’échappe qu’au prix de quelques notes étrangères.

Texte à paraître en intégralité dans le programme de salle

Renaud Machart est musicologue, journaliste au Monde, chroniqueur à Opéra Magazine et producteur à France Musique. Spécialiste de la musique nord-américaine, il est l’auteur du premier ouvrage écrit sur la musique de John Adams, publié en 2004 par Actes Sud. Il a suivi, pour Le Monde de la musique, entre 1991 et 1994, et pour Le Monde, de 1994 à 2012, toutes les créations du compositeur américain. Il a également contribué au volume collectif en anglais The John Adams Reader, sous la direction de Thomas May (Amadeus Press, 2006).

(1) John Adams : Hallelujah Junction, Composing an American Life, Picador, 2009, p. 296.
(2) La solmisation, au sens anglo-saxon, consiste à chanter le nom des notes.
(3) On pense notamment au Sol-fa de Pedro, du Mexicain Manuel de Zumaya.